La Tanzanie, 2017



"Voyez d’abord à mériter vous-même d’être donneur et instrument du don. Car en vérité, c’est la vie qui donne à la vie  -  alors que vous, qui imaginez être donneurs, n’êtres en réalité que des témoins."

Khalil Gibran


28 octobre

Récemment, j’entendais Mathieu Ricard dire:

« Lorsque je parcours le monde, je vois beaucoup plus de gens qui s’entraident et recherchent la paix que de gens qui sèment la discorde et la haine ». 

Dès notre arrivée, dans un petit bout de ce monde nommé Tanzanie, nous nous sentons tellement minuscules devant la tâche à accomplir qu’on se demande si notre intervention aura une valeur significative. Il est possible que les changements que nous apporterons au niveau de la santé ne seront même pas mesurables tellement ils seront minimes. Toutefois, je suis convaincu que nous quitterons le pays avec le coeur léger et l’âme en paix parce que nous aurons fait parti de ceux qui participent à la Vie. 

Merci Mathieu! Et je te souhaite, comme tu disais l’autre jour, de vivre tes vieux jours en poursuivant ton cheminement spirituel et de mourir dans un ermitage plutôt que dans un aéroport!


31 octobre

Avec calme, lors d’une chirurgie qui se complique, Dr Abubakary sort du tiroir d’instruments un davier (pince pour extraire les dents).

Je ne comprends vraiment pas son choix. Comment pourra-t-il utiliser cet instrument pour rejoindre les racines qui sont demeurées dans l’os de la mâchoire? C’est impossible! Plutôt que de l’utiliser en bouche, il s’en sert pour façonner le vieil élévateur qu’il n’arrivait plus à positionner de la bonne façon. Il le plie, lui donne patiemment la courbe parfaite puis continue. Au début de l’intervention, j’ai chuchoté à l’oreille d’Annabelle, que je ne lui donnais pas une chance sur dix de réussir à extraire toute la dent, en ne laissant pas de fragments de racines dans la mâchoire. Le matériel minimaliste et en mauvais état dont il disposait ne pouvait pas permettre d’y arriver. Au Québec, même un chirurgien d’expérience aurait considéré cette entreprise comme insensée et n’aurait pas pris le risque de s’y aventurer. Le temps passait et je voyais les fragements dentaires s’accumuler sur le plateau. De petite victoire en petite victoire, j’ai vu apparaître les derniers morceau du « puzzle »!


1er novembre 

À l’heure du dîner, nous avons laissé nos sarraus, ordinateur, cartables et autres documents à l’hopital pour nous rendre au petit restaurant sur le bord de la grande route. Il est déjà 13h00 et les plats de service sont presque vides. On grapille ce qu’il reste; ça suffira en attendant le repas du soir. Depuis le début de la semaine, les liens se sont tissés. On se taquine, on rit, on est à l’aise et tous les ingrédients sont dans la marmite pour partager. On le sait bien, les meilleurs échanges se font autour d’une table, en bouffant et en se désaltérant. Certains préfèrent la meilleure eau du monde, la « Kilimanjaro », d’autres sirotent une « Krest Lemon » ou une « Serengeti » (100% malt) . Nous avons échangé sur nos systèmes de santé respectifs, sur l’enseignement de la médecine et de la médecine dentaire, sur les traitements disponibles pour certaines maladies (particulièrement celles transmissibles lors des traitements dentaires)... Abu et Alloy nous ont parlé de leur pays, de leurs habitudes, de leurs besoins, des programmes de prévention pour la population et les professionnels de la santé. Au fil des interventions, je m’aperçevais que nous étions en train d’exécuter de la plus belle façon une de nos formations. Avec une autre «Serengeti» ma conversation anglaise se serait probablement améliorée mais Dominique, le chef d’orchestre, traduisait les commentaires au besoin et orientait la discussion. La confiance et l’intérêt étaient au rendez-vous et chaque participant y était authentique et pleinement présent. Désolé! Terre Sans Frontières et Affaires mondiales Canada n’auront jamais les fiches d’évaluation des participants et ne connaîtront pas l'immense impact que cette formation a eu

Entre autre chose, nous avons appris que la population de la Tanzanie est probablement beaucoup plus infectée par le VIH que ce que nous pensions. Selon les statistiques que nous avons réussi à obtenir avant la mission, 5% de la population serait infectée (quand même dix fois plus qu’au Canada). À Mwanga, où nous intervenons présentement, sur dix patients qui consultent à la clinique dentaire, quatre à cinq d’entre eux sont séropositifs! Alloy me dit que la région où nous nous trouvons se trouve sur un des principaux axes de communication et qu’elle est un lieu d’échanges (toutes sortes d’échanges). Quelle tristesse!


2 novembre

Le jeudi, c’est le jour de marché. Que ce soit pour vendre ou acheter, si vous cherchez quelqu’un à Mwanga, allez à la grande place. Le petit banc à la porte de la clinique dentaire restera probablement vide. Aujourd’hui les nécessités de la vie feront oublier la douleur.

Qu'est-ce que c’est? Peut-on y goûter?



Une soupe aux bananes… Réputée pour fortifier les enfants et les femmes enceintes. Honnêtement, c’est délicieux!



Besoin de sandales?Michelin, Dunlop ou Good Year?




Vous cherchez une lampe au kérozène qui peut vous péter dans la face?
On a tout ce que vous cherchez!
Vous n’avez pas trouvé?
Si ça existait, on l’aurait!




3 novembre

Week-end! 

Nous quittons l’Anjela Inn Hotel de Mwanga pour revenir «en ville», à Moshi. Nous remettons 10000 TSH à un jeune homme, membre du personnel et 5000 TSH à sa collègue. L’égalité des sexes est un des principaux axes d’intervention dont nous devons tenir compte dans nos interventions (tels que définis par Affaires mondiales Canada)! Ne croyez pas que nous avons été inéquitables et que nous bafouons les principes auxquels nous avons avons adhéré. Laissez-moi vous expliquer. 

Depuis le début de la semaine, ce n’est pas parce que nous avons un lavabo, une toilette et une douche que nous devons nécessairement associer ces installations à un quelconque approvisionnement en eau. Nos espoirs de nous décrasser et nous laver les mains après avoir chié ont été plus souvent qu’autrement déçus. Comme dernier recours, nos espérons qu’en soudoyant le jeune homme en question (la seule personne qui nous semble capable d’ouvrir les vannes du réservoir), nous pourrons obtenir la précieuse ressource à notre retour. 

Bravo! la gouvernance* est un des autres axes d’intervention sur lesquels nous devons travailler lors de notre séjour! 

*La gouvernance est la mise en oeuvre d’un ensemble de dispositifs (règles, normes, protocoles, conventions, contrats…) pour assurer une meilleure coordination des parties prenantes d’une organisation, chacune détenant une parcelle de pouvoir, afin de prendre des décisions consensuelles et de lancer des actions concertées. On peut se douter que ça laisse peu de place à la corruption… 

On essaiera de faire mieux la semaine prochaine, en souhaitant qu’au- delà de ces grands principes, les Tanzaniens puissent garder leurs dents! 

Quelques faits marquants de la semaine:

Si l’eau ne vient pas à toi, ben, débrouille-toi pour en trouver!



Frites et oeufs, le tout biens frits et retournés plusieurs fois dans l’huile.
Quand tu reviens au Québec, tu te mets à la diète avec de la poutine!



Et un dernier clin d’oeil!



6 novembre

J’étais en présence du Dr Abubakary et de sa patiente. Nous discutions du cas clinique et j’entends un cri de détresse venant de la salle de stérilisation… 

« Une araignée, une araignée! » 

En poursuivant ma discussion sur le diagnostic et les options thérapeutiques, je me disais: 

« Ben, tue-la et ça va être réglé! » 

La porte s’ouvre… 

Au premier plan, Dr Abubakary, et la chaise dentaire. 

En arrière plan, je vois Annabelle surgir de la minuscule pièce de stérilisation qui est attenante à la salle de traitement. Un coup de vent! Les meubles et autres accessoires sont déplacés. Du coin de l’oeil, je vois le spécimen. Grand comme ma main! 



Vous connaissez Dominique, toujours là pour aider. Elle enfile une paire de gants de latex et se dirige vers l’animal! Veut-elle réintégrer l’intrus dans son habitat naturel? J’entends: « NOOOOOOO!!! » C’est le Dr Kabwe qui, habituellement silencieux et effacé, crie de l’autre côté de la salle de traitements. Il se précipite, saisit un bâton, entre dans la pièce de stérilisation et pourchasse la bête. Elle n’a eu aucune chance. 

Dr Kabwe informe Dominique que la piqûre de cette araignée est dangereuse. Dangereuse comment? On ne veut pas le savoir! 

7 novembre 

Nous, grands et petits papoutes, avons l’habitude de nous mettre à l’abri des intempéries. Ces derniers jours, il a beaucoup plu, c’est pourquoi plusieurs petits êtres en profitent pour nous rejoindre.

En remuant nos sacs à notre arrivée à la clinique, nous avons surpris un squatter. Alerte rouge! Super Kabwe est appelé. Mobilier, sacs et accessoires sont déplacés. Le spécimen était déjà terrassé.



Nous fouillons les sacs avec précaution en inspectant chaque item pendant que Kabwe balaie et lave le plancher.




Avant d’arriver ce matin, nous nous demandions quelle surprise cette nouvelle journée allait nous offrir. Eh bien! Ça n’a pas tardé!



Au retour à l’Anjela Hotel à la fin de la journée, nous avions déjà oublié ce léger contretemps parce que nous avons eu une journée très profitable avec "Super Dentist" Kabwe.

Nous tenons à remercier la compagnie Gum Sunstar qui nous a fourni plus de 700 brosses à dents, lesquelles seront remises aux enfants lors de nos interventions dans les écoles. Demain!




8 novembre

Après un court « African Massage* » nous arrivons à l’école primaire de Mwanga. 

Les enfants nous accueillent et nous débarassent des lourds sacs qui contiennent notre matériel et les brosses à dents. Nous rencontrons le directeur, signons les registres (habitude bien ancrée en Tanzanie), et discutons de notre projet. 

Nous devons rencontrer les professeurs pour qu’ils puissent apprendre les principes et les techniques nécessaire afin qu’ils puissent superviser le brossage dentaire de leurs élèves.

*Expression locale. L’ «African Massage» est le résultat de l'utilisation d'un véhicule moteur sur une route fortement dégradée. Tout le corps (et particulièrement les chaires molles) participent à cette activité.

Dr Kabwe nous fait une extraordinaire démonstration de ses connaissances et de ses compétences. Quel talent! Communication 10/10; dessin ?/10.



Même Nicholaus participe à l’exposé.



Connaissez-vous la « Hand Washing Dance »?



L’auditoire est en liesse!!! Comme vous pouvez le constater, tous se sont levés et dansent!

Nos experts abordent maintenant l’essentiel, le vif du sujet, la moelle de leur exposé:



Une technique révolutionnaire de brossage à deux mains!

Merci Kabwe…




Merci à Karavaniers (voyages de plein air et d’aventures) pour nous avoir fourni les solides sacs qui nous ont servi à transporter le matériel dentaire.




11 novembre

Minou! Minou! (Parc national du Ngorongoro)




13 novembre

Un policier nous fait signe de nous ranger sur le bord de la chaussée. Nicholaus, homme de peu de mots, regarde l’agent qui lui indique quelque chose sur l’écran de son téléphone. Il descend lentement du camion. Cinq minutes plus tard, il revient, démarre la véhicule et reprend la route. 

Nous lui demandons: « Combien ça a coûté? »  

« Rien, c’est un de mes anciens étudiants. »


15 novembre 

Nous sommes à Usangi depuis trois jours. 

Un certain défi nous attend… Un défi certain! 

Ce n’est plus tout à fait ce que nous avons vu au mois de juillet 2016. Le dentiste le plus qualifié est parti. Les équipements n’ont pas été entretenus adéquatement. Les maigres ressources matérielles sont pour ainsi dire épuisées. 

Le thermomètre du stérilisateur, qu’ils croyaient gradué en °C, est en réalité gradué en Farenheit! Ils « stérilisaient » les instruments dentaires à 170 °F au lieu de 170 °C… 

On nous a confirmé que le nombre de gens infectés par le VIH (et autres infections opportunistes) est étonnamment élevé. Est-ce que le dentiste contribuerait lui aussi à infecter la population? Depuis quand? J’ai tout à coup un frisson, un étourdissement. Je n’ai jamais eu la prétention ni même pensé qu’une intervention comme la nôtre pourrait sauver des vies. Pourquoi pas? 

Toute cette nature que nous avons vue la fin de semaine dernière au parc national de Tarangire, au Lac Manyara et au parc national du Ngorongoro pourra-t elle nous inspirer à… 

Être aussi ingénieux que le singe bleu. 

Aussi impassible que l’hippopotame. 

Être à la hauteur de la situation comme la girafe. 

Former une équipe efficace comme les mangoustes. 

Être patient comme le lion. 

Être vigilant comme le zèbre. 

Ne pas faire l’autruche. 

…Et, si possible, voir la vie en rose comme les flamands!

P.S. Prochaine intervention: Sécurité Sans Frontières!




17 novembre

C'est l'événement de remerciement et de reconnaissance.



Nous accueillons plusieurs intervenants tanzaniens: professionnels de la santé, enseignants, responsables du système de santé et travailleurs communautaires… Et un journaliste. Nicholaus et Sophie accueillent les participants et présentent notre projet.

Valeria, travailleuse sociale dédiée à l’égalité hommes femmes, profite de cette petite fête pour passer tout un savon aux hommes! Ils baissent le regard, se dandinent puis se prostrent! Ensuite, elle interpelle les femmes:

« Et toi, dans ta maison, acceptes-tu que ton homme reste assis pendant que tu prépares le repas et prends soin des bêtes? »  

Malaise. Un beau malaise car tous sont d’accord. La société tanzanienne est en transition « Hakuna matata ».


« Dis-moi en quoi les hommes et les femmes sont différents? » Malaise



Et quoi de mieux qu’un bon repas pour fraterniser!



20 novembre

Nous montons une dernière fois les Monts Pare pour atteindre Usangi. Nous savons que les derniers jours de notre intervention seront difficiles parce qu’imprévisibles. Heureusement que nous sommes tous les trois bien préparés et que nous avons la capacité de nous adapter rapidement. Dans ces conditions changeantes, seulement un regard, quelques mots suffisent... C’est peut-être ça le « field » qui unit parfois les gens? 

Le petit milieu professionnel privilégié que j’ai quitté le 11 février 2015 m’a fait connaître des choses exceptionnelles. Toutefois, le SIDA et ses manifestations cliniques me sont apparus sur les pages de mes gros livres et des nombreux articles scientifiques qui ont paru sur le sujet. Cette réalité appartenait aux autres, vous savez ces autres... 

Ce matin, un petit homme d’âge moyen se présente. Il est maigre, vêtu d’une chemise pâle, d’un pantalon et d’un veston noir. Il est silencieux, calme, réservé; son regard est plein de bonté. La douleur l’empêche de bien se nourrir. Il ne peut prendre que des aliments mous. Il se laisse examiner. Il a confiance. Peut-être que la présence du visage blanc lui donne espoir. Sur les deux côtés de sa langue il y a quelque chose d’étrange, quelque chose qui ne guérit pas depuis plus de six mois. Dr Chaile m’informe qu’il est séropositif. Et oui, un visage sort de la page de mon «textbook». C’est une forme de cancer buccal qui apparaît dans les stades avancés de la maladie. 

En Amérique, plusieurs traitements aussi sophistiqués que coûteux peuvent ralentir le processus et soulager le patient. Mais ici, que pouvons-nous faire? 

Nous préparons le document pour le référer au centre hospitalier de Moshi. 

Est-ce que ça lui permettra d’avoir un traitement adéquat? 

Est-ce qu’on souhaite lui donner espoir? En quoi? 

D’autres auront la tâche ingrate de lui dire qu’il va mourir. 

Peut-être le sait-il déjà. Je crois qu’il veut simplement ne plus avoir mal en mangeant. 


22 novembre 

La nuit est noire, particulièrement noire. Le réseau électrique est en panne. Les quelques rares étincelles éparpillées dans la montagne sont disparues. Le ciel scintille entre deux nuages. On aperçoit les constellations du Sud, celles que nous n’avons jamais vues. 

Hou, hou _______Hou, hou _Hou, hou! Une chouette! Puis deux, trois peut-être... 

Sommeil calme, sommeil profond… Puis les chiens, pourtant si discrets le jour, aboient, hurlent. Les cocqs prennent la relève pour appeler le jour puis c’est le muezzin qui invite les musulmans aux ablutions matinales. Je commence à voir le filet qui recouvre notre lit. Les oiseaux se répondent, sifflent toutes sortes de chants; certains sont longs et mélodieux. Une moto passe dans la rue. Puis, de très loin, on entend descendre un gros véhicule que des décennies de mauvais traitements ont transformé en tas de ferraille. Va-t-il retenir tous ses morceaux? La télévision de la salle à manger se réveille comme elle s’est endormie, à tue-tête! Prochaine mission: Audioprothésistes sans Frontières! 

De mon balcon, je vois les enfants qui se dirigent vers l’école. Les gamins sont tous pareils! Ils se bousculent, sortent un ballon, courent. Les filles, plus discrètes, chuchotent en petits groupes. Celle-là, qu’a-t-elle dans les mains? On accourt, elle partage sa collation. La pluie tombe, verticale, dense, sans un souffle de vent. Un bruissement dans les feuilles des grands arbres et un ronflement sur les toits de tôle. Est-ce qu’on pourra compléter notre projet à la petite école primaire, celle qu’on voit d’ici dans la montagne? Les enseignants nous attendent pour superviser le brossage dentaire des enfants. Nicholaus préfère ne pas s’aventurer sur la route. La terre rouge, devenue glissante, s’est transformée en bourbier à certains endroits. Dommage, c’était un des principaux objectifs de notre intervention… 

Ici, tous composent avec la vie, acceptent ce qui est, s’adaptent ou se résignent. On fait pareil. 


25 novembre, Merci! 

Le soleil n’est pas encore levé. Nous sommes pour ainsi dire seuls le long d'un canal d’Amsterdam. Il fait froid, c’est humide. Quel contraste! Nous nous réchauffons avec un bon cappuccino. Les quelques autres clients fument. Ils respectectent le règlement de l’établissement: « défense de fumer du tabac »! 

Notre intervention est bel et bien terminée!  

Merci à tous ceux qui y ont participé: 

Danielle Bédard pour avoir confectionné les pochettes pour les instruments dentaires. 

Francine Gagnon, hygiéniste dentaire, pour nous avoir donné de précieux conseils, matériel didactique et pour nous avoir prêté ses dents et sa brosse! 

Francine Gagnon (une autre), de la compagnie Sunstar (Gum) pour nous avoir fourni les brosses à dents. 

Christine Plaisant de Karavaniers (voyages dits « d’aventures ») pour nous avoir fourni des sacs pour le transport du matériel dentaire. 

Dr Jean Thibeault pour nous avoir partagé ses connaissances. 

Louis Turgeon pour avoir fabriqué des blocs de sécurité pour les seringues. 

Merci à tous ceux qui ont facilité notre séjour: André C., Danielle B., Johane C., Louis N., Lucie M., Michel R. 



Asante sana!


Épilogue (Le jour de Pâques, 12 avril 2020)

Je me rappelle du 30 octobre 2017, Nicholaus nous a présenté son père.  95 ans...

Il n'entend plus très bien mais ça va, pour son âge. Nicholaus lui remet quelques effets. Son frère va passer; il veille également à ce que leur père ne manque de rien. Les grands enfants de Nicholaus sont bien occupés. Les deux garçons étudient à l'université de Dar es Salam, à plus de 500 kilomètres. Leur cadette étudie pour le moment à quelques kilomètres. Ils prennent tous soin de leur grand père. Ils font les commissions, les aident dans leurs tâches et surtout ils sont présents, très présents. Souvent, ils couchent là, dans leur deuxième demeure. Ce n'est pas loin, on veille sur eux.

Il y a un an, les deux grands garçons de Nicholaus ont soupé avec leurs grands parents. Ils ont fait la prière du soir et sont revenus à la maison. Ils apprennent alors que leur grand mère est morte. Elle est morte le ventre plein mais le cœur bien rassasié aussi.

Chez nous au Québec, contrairement à la Tanzanie, le développement et le progrès ont été les frères de l'efficacité. Notre richesse nous a permis de mettre en place des institutions performantes. Cet élan de la révolution tranquille et de la modernité s'est toutefois émoussé avec le temps. La réalité nous rattrape et pourtant, on essaie de remplir nos promesses.

« Tu seras bien Maman. Tu ne manqueras de rien. »

Avez-vous déjà essayé de vous boucher en même temps les yeux et les oreilles avec vos deux mains? C'est difficile mais on y arrive. Depuis quelques années, on nie et peut-être on est devenus insensibles à l'évidence que nos aînés ne font plus partie de nos priorités. Et puis, c'est l'aîné d'un autre. Nous, on va payer, ça va aller mieux.

L'alternative nous fait trop peur.

« Tu seras bien Maman. Tu ne manqueras de rien. »

Ça se peut qu'on y arrive, maman. Tu mourras probablement dans un lit propre, le ventre plein. Mais tu n'auras pas eu la chance de la mère de Nicholaus.