Avec les bons outils: Lightroom


Une chose est certaine, vos yeux, votre coeur, votre conscience ou votre inconscient ont vu autre chose que ce que votre appareil photo a numérisé, que ce soit un fichier brut ou compressé. Il reste maintenant à exprimer et mettre en évidence ce que vous avez perçu et livrer le message que vous voulez porter. Votre coup de pinceau se fera à l’écran, à l’aide de curseurs. C’est bien plus facile, vous verrez!

Un logiciel spécifique est fourni à l’achat de chaque appareil photo et permet, de façon plus ou moins élaborée, de traiter les images sur votre ordinateur. J’utiliserai dans cette chronique le logiciel Lightroom d’Adobe (de la même série que Photoshop). C’est la référence. Ce logiciel ne fait que traiter l’image, c’est à dire « développer » la photographie. Il est compatible avec les fichiers « jpeg » (évidemment, c’est le standard) mais aussi avec tous les fichiers « Raw », ceux-ci étant spécifiques à chaque fabricant. La dernière version (6,0), à installer sur votre ordinateur, se vend entre $125 (pour les étudiants et les professeurs) et $220. Des abonnements mensuels sont également offerts. Une version « en ligne » est aussi vendue. Quoiqu’il en soit, il est possible d’avoir accès gratuitement à une version d’essai.

L’exemple que j’ai choisi permet de bien illustrer les possibilités qu’offre un logiciel de traitement d'images. Il s’agit d'une situation difficile. Voici la photo « RAW », telle qu’enregistrée sur la carte mémoire:



On ne voit pas beaucoup de détails, particulièrement à l’intérieur. J’aurais aimé avoir pris la même scène directement en « jpeg » pour voir comment l’appareil aurait traité les zones trop claires et trop sombres. Personnellement, je crois que ça aurait été un peu mieux mais que l’image serait restée médiocre, inutilisable.

Cette sous-exposition est imputable au photographe! Lorsque qu’il a pris la photo, la zone très claire au centre de l’image a indiqué à l’appareil qu’il y avait trop de lumière*; la quantité de lumière admise a donc été restreinte ce qui a contribué à assombrir le pourtour de l'image. J’aurais du compenser, admettre plus de lumière, mais je ne l’ai pas fait. C’est le genre de photo fichue, en partie à cause des conditions d’éclairage difficiles mais aussi à cause du photographe qui n’a pas pris les bonnes décisions techniques avant d’appuyer sur le déclencheur.


*Généralement, le mode de lecture de la lumière des appareils photo donne prédominance à la zone centrale de l’image et moins d’importance à la périphérie de l'image.


Sachant que le fichier « RAW » contient une quantité impressionnante d’informations, essayons de mettre en évidence les détails cachés en variant l’exposition à l’aide de Lightroom:



Les détails émergent de la zone sombre! On sait maintenant, à l’aide des deux images que nous venons de voir, que les détails existent, autant pour le paysage à l'extérieur qu'à l’intérieur de la pièce. C’est un bon départ qui donne le goût d’essayer de « sauver » la photo.

On réinitialise tout et on commence. Réglons l’exposition pour obtenir le meilleur compromis entre la lumière extérieure et la scène intérieure. On ne voit à peu près plus le paysage (trop exposé) ni les détails du plafond (sous-exposé). Ça devrait être correct, un bon compromis.



Une des fonctions très intéressantes de Lightroom est d’atténuer les zones de haute lumière sans affecter le reste de la photo. On pousse le curseur à -82 et on découvre le paysage!



De la même façon, on peut sortir sélectivement de l’ombre les zones trop sombres. À +53, on commence à voir les détails du plafond de cèdre.



Ensuite, il est possible d'élargir la dynamique des blancs et des noirs. Par analogie, c’est comme si on réglait le son de la musique pour mieux entendre les aigus et les basses. Dans ce cas-ci, il faut y aller avec parcimonie sinon on risque de replonger la pièce dans l’obscurité et de perdre les détails de la scène extérieure.



Enfin, le réglage de la clarté ajoute du contraste aux tons moyens de la photo. Il a pour effet d’augmenter le relief, et d’améliorer la netteté. Là, on est dans les fines herbes et les épices. Juste assez c’est délicieux. Trop, on perd l’équilibre des saveurs.



Avant / après:



Voici le produit final:



On aurait également pu faire des choix qui auraient pu nous mener à ceci:



Ce que j’ai vu, ce matin du 11 février 2017, est le résultat de la perception de mon oeil, du traitement et de l’interprétation de mon cerveau, modulé par mon expérience et mes impressions du moment. Cette expérience physico-chimique, biologique, intellectuelle, émotive et culturelle m’a fait voir quelque chose qui ne ressemblait pas du tout à l'image brute du début, fraîche sortie de l’appareil photo. Elle se situait plutôt entre les deux dernières épreuves. Maintenant, qu’est-ce que le photographe veut livrer comme message? La première image où il montre cette extraordinaire dentelle de mosaïque, de stuc et de bois sculpté, baignée par la douce lumière qui nous vient de ce paysage de l’Atlas? La deuxième image qui nous invite à saisir l’intimité de cette pièce d’apparat du Sultan, attenante au harem?

Ce qui est important, c’est de pouvoir exprimer ce qu’on veut. C’est possible quand on a de bons pinceaux!